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Il y a longtemps une Haïtienne
lors d’une séance de vaudou / à Guantánamo
m’a dit qu’elle survolait ma maison
la nuit
transformée en chouette
Et cela fut ainsi
dès lors / pendant plusieurs années
une chouette planait au-dessus de ma maison
elle chantait lugubrement
en volant à toute allure
Les extra-terrestres commencèrent eux aussi à
apparaître
La nuit ils plongeaient dans la mer devant chez moi
Une fois ils ont envahi ma chambre
et la salle à manger de la voisine
Et ils ont même envoyé un des leurs
Dans le corps d’un Mexicain de Sonora
À cette époque j’ai découvert que
ma femme
était une alcoolique insatiable et belliqueuse
et que moi j’étais un alcoolique agressif
avec une passion d’assassin au point de donner des coups
de poignard et de pistolet
J’ai aussi découvert que je n’aimais pas
Shakespeare
ni rien d’exemplaire ou de canonique
Je déteste les théoriciens de la littérature
avec leurs étiquettes et leurs archives très
bien classées
Je ne supporte pas non plus la vie maritale
ni les gouvernements autoritaires et répressifs
ni les séances de A.A.
J’ai découvert que la vie était dangereuse
lorsque l’on a notre propre façon de penser /
surtout
lorsque notre propre façon de penser est trop présente
et que ma génération survit
enfermée dans la déception et la rage
et ce que l’on peut faire de mieux c’est de s’éloigner
de tout
Et vivre
Dans une petite maison face à la mer
Une petite maison en bois
où le vent siffle à travers les fentes de la
fenêtre
Accompagné d’une vieille noire libidineuse
pervertie et déchaînée
Je pourrais ainsi aboutir à une fin acceptable
( il ne faut même pas penser à une fin heureuse)
Face à la mer
avec une vieille negresse
sale et à moitié folle
tout comme moi.
© Pedro Juan Gutiérrez
Ce poème appartient au livre Moi
et une vieille négresse voluptueuse
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