Yo y una lujuriosa negra vieja (selección)  
 
Au port de La Havane
Pedro Juan Gutiérrez

C’était deux matelots jeunes et beaux
Ils buvaient de la bière assis sur la rampe de la terrasse
et ils conversaient
À quelques reprises ils ont pointé vers le Arklow Castle
un pétrolier amarré près d’un autre quai
On aurait dit une langue scandinave
peut-être le hollandais
Peu importe ils paraissaient complices et ils riaient
Moi solitaire à une table voisine
je buvais aussi et les regardais à la dérobée
Deux p’tites putes se sont approchées
Et ne m’ont pas regardé bien sûr
De plus en plus j’ai l’air d’un policier
C’est incroyable comment s’intensifie avec les années
Mon air de bourreau fils de pute
Les deux p’tites putes leur ont demandé quelques bières
Elles leur ont offert de la compagnie
Les ont invités à danser
Les matelots riaient
L’un d’eux a sorti un porte-clés avec un arc-en-ciel
Les deux p’tites putes étaient deux p’tites noires cubaines très jeunes
Elles ne savaient rien de rien
(ou peut-être voulaient-elles leur proposer “un pas à quatre”)
Elles ont insisté/ dérangé
Elles avaient besoin de clients cette nuit
si chaude et ennuyeuse d’août
Elles ont demandé des gommes des cigarettes des boissons du feu
Ils souriaient patiemment/ amusés
Et ils se sont embrassés
Un long baiser les yeux fermés
Un passionné baiser d’amour
L’un d’eux a ouvert ses yeux et m’a regardé fixement
d’une manière douce et magnétique
Moi j’ai detourné mon regard vers la mer et la nuit
Et j’ai continué à boire

© Pedro Juan Gutiérrez

Ce poème appartient au livre Moi et une vieille négresse voluptueuse

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